Les Rita Mitsouko - présentent The No Comprendo
Virgin - 1986

Par Nathalie Gélinas

Les gens qui me connaissent bien savent que je suis une «lover». Je love tout, je tombe toujours en amour, et ce depuis que je suis toute petite. J’ai des coups de foudre tous les jours pour une nouvelle sorte de chocolat, pour un nouveau chemin pour me rendre au travail, pour la mise en plis de ma voisine, pour le bruit de mon ventilateur, pour le mec qui place le lait à l’épicerie, pour la couleur de ton chandail, pour , pour , pour… Alors pour trouver l’album de ma vie, je devais cerner l’album pour lequel j’ai eu le plus grand coup de foudre et qui, je ne m’en étais pas rendu compte, m’a le plus inspiré dans la vie.

1986, j’ai 9 ans, je me fais garder chez ma grand-mère. C’est toujours ennuyant habituellement, mais cette fois-là, c’est différent. Ma grand-mère garde aussi le fils de 12 ans de son amie, un rouquin anglo complètement blasé, à mi-chemin entre l’enfant et l’ado. Il porte des jeans troués et un chandail avec un signe bizarre qui ressemble à un rond avec un «V» à l’envers, barré. Il aime la musique qu’il appelle punk et moi…je suis folle de lui. La gamine que je suis ne pense qu’à une chose : jouer avec lui. Et bien évidemment, lui, ce n’est pas sa tasse de thé. Le seul terrain d’entente que nous trouvons est la télévision. 1986, c’est aussi la première année de Musique Plus, une télévision qui, à l’époque, ne diffusait que vidéo par-dessus vidéo, rien à voir avec le Musique Plus que nous connaissons maintenant. Il était vraiment possible d’y découvrir des trucs sympas et de pouvoir rester collé à la chaîne sans y voir deux fois la même chose. Alors toute la journée durant, nous avons écouté vidéo sur vidéo, je l’écoutais critiquer ce qui passait, je buvais ses paroles, il était MA tasse de thé. Mais à un moment, un vidéo attire mon attention plus que lui…Le titre de la chanson était Andy. Wow, il s’appelait aussi Andy, se devait sûrement être un signe.

Pendant un moment, je suis là, bouche ouverte, complètement hypnotisée. Je love de tout mon corps ce que je vois, ce que j’entends. Les pas de danse chorégraphique, le côté théâtral, les décors, les costumes. Encore, encore, j’en veux encore! Le côté ludique, la mélodie accrocheuse, l’attitude de la chanteuse, il n’en faut pas plus, je me mets à danser dans le salon, imitant les mimiques et le déhanchement désorganisé de Catherine Ringer. Andy a l’air amusé de ma prestation de salon, il me regarde plutôt que la télévision.

Sur le chemin du retour, j’ai supplié ma mère d’arrêter à L’Auditif (magasin plutôt obscure de vinyle à Shawinigan), je devais, impérativement avoir The No Comprendo des Rita Mitsouko . Cet album n’est certainement pas le plus grand d’entre tous, mais on peut s’entendre pour dire qu’à l’époque, c’était plutôt différent de ce qui se faisait dans le genre pop français. Les Rita Mitsouko se démarquaient bien par leur côté kitsch bien assumé, ainsi que par des mélodies très accrocheuses. Toute roulathèque qui se respectait devait faire jouer Andy. De mon côté, étant petite je n’écoutais que les mêmes trois chansons en boucle (c’est-à-dire Les histoire d’A, Andy et C’est comme ça). Ce n’est que bien plus tard que je décide de laisser rouler la cassette un peu plus loin et d’y découvrir les autres chansons. Someone to love, est d’ailleurs, à mon avis, la meilleure chanson de l’album, il s’y dégage une énergie différente, plus saccadée.

Après avoir écrit trois débuts de textes sur différents albums, j’arrivais toujours au même constat : j’étais dans le doute, ai-je VRAIMENT aimé à fond l’album? J’ai regardé mes vinyles, j’ai épluché mes cds, j’ai analysé mes mp3s et j'ai réalisé que je possédais The No Comprendo dans ces trois formats (ma cassette ayant rendu l’âme). Ça veut sûrement dire quelque chose.

Bien évidemment, il y a eu des périodes de ma vie où je l’ai caché dans le fond d’un tiroir, n’assumant pas encore tout à fait mon côté kitsch. Mais encore, parce qu’il m’arrive encore de l’écouter, cet album me donne toujours cette même envie de bondir et de danser. The No Comprendo a été pour moi, une sorte d’inspiration; que se soit pour mon amour inconditionnel pour les costumes, mon penchant vicieux pour le ludique, mon envie infatigable pour la danse ou plus fondamentalement, pour être la personne que je suis maintenant.

I love The No Comprendo.


Nathalie Gélinas possède un guitare Fender 1968 qu'elle n'utilise jamais. Elle se dit incapable de faire la critique d'un disque.


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