The Aversions - S/T LP Die in Style Records
Par Ralph Elawani
À 16 ans, la barbe nous pousse, les idées nous poussent pis on se lâche lousse, disait le poète lauréat du parachute. Mes amis m’ont offert mes deux premiers LPs à l’âge de seize ans : Never Mind the Bollocks et One Step Beyond. Pour jouer les galettes, mon père me greilla d’une table tournante avec lecteur 8 pistes et radio AM/FM brune avec de gros speakers et des boutons qui faisaient grisshhhhh grisshhhh. La nuit, avant d’aller au lit, j’écoutais Songs of Love and Hate dans le noir, à la lueur de la lumière orangée de la radio. Au Cégep, je passais mes vendredis après-midis chez Sonny sur la rue St-Jean. Par la suite j’allais chez Platine et je tétais des potins sur les bands qui venaient en ville au gars derrière le comptoir. Leur section LP était tout le temps trop chère selon moi, mais il y avait un album jaune avec un sticker rose nanane ''punk'' qui ne me revenait pas.
Durant mon premier été de Cégep, Circle Jerks sont passés par Québec. J’ai manqué le concert car j’étais à un show de street punk dans un local bon marché en basse ville. Durant ce même été, je travaillais aussi comme concierge dans une école secondaire et un gars avec qui je travaillais était allé voir Circle Jerks – il écoutait du hardcore et comme les gars hardcore aiment se pomper l’ego en s’affiliant à tout ce qui semble old school, il était allé voir…mais reste qu’il était sympathique. Lors d’une discussion sur the scene locale, il me dit : ''ouin, mais pourquoi ton band n’essaye pas de jouer avec des bands comme The Aversions?
–Les qui?''
Et il m’expliqua que quatre gars aux dégaines hors du commun pour la scène de Québec – ils n’étaient pas hardcore attitude monster, ni emo fruité, ni crusty, ni NOFX, ni métal avaient joué en première partie de Circle Jerks et qu’il avait même entendu dire que le bassiste était tellement punk (pacté) qu’il avait joué une couple de chansons sans être branché.
De plus, puisque leur site web était doté d’animations – un plus à l’époque des sites kick ass avec du feu et des compteurs de visites au bas de la page mon pentium un ne pouvait charger le contenu de la page.
Reste que ces gars-là ne me disaient rien (qui vaille)… Par-dessus tout, je ne les croisais jamais sauf le soir à la sortie des bars. J’en convenais qu’ils devaient être des créatures nocturnes. En fait, le guitariste était repérable dans pas mal tous les magasins de disques et il me servait toujours son air de bum qui a pas eu son p’tit joint chaque fois que je le croisais (une rengaine dont il infirmerait la véracité quelques années plus tard).
Le premier concert des Aversions auquel j’ai assisté était en première partie de Zeke, avec Mi Amore. Le chanteur portait un t-shirt de Jesus and Mary Chain et le guitariste jouait dans un petit ampli. Aucun d’entre-eux ne portait de shorts et le groupe ne manquait pas de cohésion, au sens de ''oui, vous avez l’air d’un band de manière exclusive''. Assister à leurs concerts subséquents fut pour moi un peu comme arriver sur la scène d’un accident avec quelques secondes de retard et se retrouver au milieu des autres témoins pour se sentir attirer par l’aura de cette scène; en premier lieu car on croit pouvoir apporter quelque chose à la situation puis ultérieurement on s’avoue avec introspection que c’est par empathie, voyeurisme mais surtout avec un désir de comprendre si l’intérieur de l’autre est commun au nôtre qu’on s’y rend.
Lorsque j’achetai le LP jaune avec le sigle ''punk'' en blanc sur rose, mon univers musical s’ouvrit en entonnoir inversé en direction opposée à ce que mon entourage immédiat m’exposait et je fis des reliques des disques de groupes tels Crime, Jesus and Mary Chain, Pussy Galore, The Damned, The Pagans, en plus de découvrir le cinéma français et la chanson française si chère au chanteur du groupe qui est aujourd’hui un ami.
Ralph Elawani joue de la guitare pour le groupe Shortpants Romance et vend des disques chez Primitive.
Tabarnak de christ d'ostie de st-ciboire de calvaire de Ste-Vierge de Crucifix.
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