Living Colour - Stain
Epic Records - 1993

Par Simon Thibaudeau

La plupart de mes révélations musicales sont arrivées assez tard dans ma vie. Alors que la plupart des gens sont dirigés vers leur destinée musicale durant leur adolescences, j'ai pris un chemin assez différent. Et le chemin différent commence avec un album assez différent aussi. Un album qui est plutôt ordinaire tout compte fait et qui a, toutefois, influencé le reste de mon parcours. Une bombe à retardement qui m'a poussé dans toutes sortes de directions.

J'ai grandi à St-Fabien-de-Panet. St-Fabien est le Québec profond. C'est un petit village de mille habitants à l'est de la Beauce, près de la frontière du Maine. Sauf que de l'autre côté de la frontière il y a du bois, et encore du bois. La ville la plus proche, Montmagny, est une ville de treize milles habitant, encore une fois pas une métropole.

Fils d'un rocker qui écoute autant Frank Zappa que les Rolling Stones, je suis, durant mon adolescence, entouré de trois types d'amateurs musicaux: des métalleux 'soft' (Metallica, Judas Priest, Iron Maiden et autres), des amateurs de Country et ceux qui écoute de la pop radio. Naturellement un peu rebelle, et surtout pissou, je veux faire différent alors je passe à travers la discographie de mon père: Led Zeppelin, Elton John, Kiss. J'ajoute le hard rock des années 70 et 80 avec Aerosmith, Queen et mon groupe préféré est Van Halen. Bref, je suis un amateur de Classic Rock à la CHOM. Malgré le peu d'aventure que cette musique me procure, mon meilleur ami Jeff et moi sommes toutefois des anomalies dans le paysage villageois.

Pendant que Jeff se concentre sur le qualités vocales de Freddy Mercury, je me penche sur la virtuosité de Brian May. Il chante a tues têtes les falsettos de Steven Tyler et j'Air Guitar les solos de Joe Perry. Différentes approches, un seul combat: ROCK OUT! L'amour de la virtuosité à la guitare me viens de mon frère ainé.

Mon frère, durant son adolescence, avait des ambitions de guitariste, mais très peu de talent pour la chose. Malgré le peu de talent, il s'informait avec obsession des nouveaux virtuoses en achetant le nouveau Guitar Player ou Guitar Magazine. Heureusement pour lui, il était fan a un moment fertile pour la virtuosité: le hair métal faisait rage. De Yngwie Malmsteen à Steve Vai, en passant par Tony McAlpine et Vinny Moore, il savait tout. Il découpait les pages avec des photos de ses préférés et tentait tant bien que mal de suivre le partitions dans les magazines. Pour moi, de six ans sont junior, il savait de quoi il parlait et les masturbateurs de manche étaient Rois.

Parmi les photos de guitaristes découpés, un attire mon attention: Vernon Reid. Le type est un noir et il joue dans un groupe de métal avec juste des noirs: COOL. Tony McAlpine est noir aussi et il est meilleur, mon frère me dit, mais il ne joue pas qu'avec des noirs. Living Colour est différent, à mes yeux de petit homme de 9 ans. La chanson "Cult of Personality" vue à Musique Plus le confirme. J'aime Living Colour. Pour faire différent de mon frère, c'est tout ce qui est vraiment important (tout comme je suis partisan de Celtics de Boston alors qu'il aime les Lakers de L.A et je suis partisan de Vikings du Minnesota alors qu'il prend pour les Redskins de Washington.) Faire différent, c'est la base de tout.

Pour rendre les choses encore plus intéressantes, Musique Plus joue un concert de Living Colour à la Brique de Montréal durant les semaines qui suivent (concert bien ordinaire tout compte fait.) Je suis obsédé par Living Colour. Ça a durée environ 3 semaines. Vouloir être différent c'est bien beau mais quand l'autre s'en fout c'est moins drôle.

Sept ans plus tard, je suis en secondaire 5 et nous faisons un voyage de fin d'année à Québec. J'entre chez HMV avec Jeff. Dans la liste de nouveauté: Stain de Living Colour, avec en boni le simple du premier extrait. Je ne possède aucun album de Living Colour à ce point ci, et j'ai oublié leur existence. Je me demande bien comment ça sonne de nos jours. En plus, deux CDs pour le prix d'un ça se prend bien. La quantité avant la qualité. Le boitier est rouge transparent, intéressant. Mmmm. Je le prend.

La première écoute est difficile. Très difficile. Malgré les mélodies, c'est pas mal plus heavy que ce que j'écoute normalement. Il y a certainement plus de travail et de référence que ce que je suis capable d'identifier. Je ne suis pas certain que j'aime ça mais je n'ai pas beaucoup de musique à moi, je dois aimer ça pour rentabiliser mon investissement. Les mois passent et j'aime de plus en plus, surtout le côté heavy de la chose. Je commence à acheter du Pantera et du Sepultura. J'achète mon premier Metal Maniacs, je découvre un monde inconnu: le métal underground.

Stain reste dans mon lecteur de disque, j'apprécie de plus en plus les notes d'électroniques et Hip Hop de l'album (je détestais tous ce qu'il y a d'électronique avant ce album, les synthétiseurs c'était pour A Flock of Seagulls, pas pour les rockeurs!) Les légers passages industriels m'intriguent, sans plus. La virtuosité est là mais différemment que pour les groupes de métal traditionnels, montrant clairement l'influence du jazz sur les participants (ils ont tous joué dans des ensembles jazz, à l'exception de Corey Glover, le chanteur.)

Cet album est aujourd'hui une relique d'un temps passé. Un album qui n'a pas beaucoup de points positifs, c'était un groupe qui se cherchait, tiraillé entre le gout d'avant-garde jazz de Vernon Reid et Will Calhoun, le drummer, et la pop R&B de Corey Glover. Robert Christgau avait mentionné lors de la sortie de l'album que le seul problème avec celui-ci est que Corey Glover chante trop bien pour en faire un excellent album; je suis assez d'accord. Je comprends complètement pourquoi personne ne voudrait écouter cet album aujourd'hui, mais c'en est un qui fait parti de mon parcourt. C'est un album qui, au fond, explique tout le reste de mes choix musicaux par la suite. Pas nécessairement l'album qui a changé ma vie, mais celui qui m'a poussé dans les différentes directions que j'ai prises. Du métal underground, passion qui est toujours là et qui m'a menée à faire des critiques de disques pendant dix ans pour des publications de chambre à coucher, à l'industrielle, à la musique électronique, au jazz et aux musiques improvisés et noise qui sont au cœur de mes passions actuelles.


Simon Thibaudeau est membres des projets ambient et expérimentaux Kvik et Low End Ensemble.

1 commentaire:

  1. J'avoue ne pas l'avoir écouté souvent depuis une dizaine d'années, mais de 96 à 98, c'est un des disques que j'ai le plus écoutés, avec le deuxième d'EMF, 'Stigma'), la bande sonore de Lost Highway et 'No Code' de Pearl Jam...

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