Guns N' Roses - Use your Illusion II Geffen - 1991
Par Félix B. Desfossés
J’étais en 6e année. Peut-être même en 5e. C’était vers ’92. En tous les cas, une chose qui est sûre, c’est que j’aspirais à être autre chose que le p’tit gros en jogging qu’on voit ses rings de bobettes au travers parce que ses su-mentionnés pants de jogging s’en viennent trop serrés. Qu’essé que tu veux j’te dise, je grandissais.
Je me rappelle pu du point zéro. Du moment qui a fait que ma vie a changé. Mais ça s’est passé devant la télé. C’était à Musique Plus. J’ai l’impression que c’est le genre de « life changing experiment » qui peut pu vraiment arriver aux ados d’aujourd’hui. Pas avec Musique Plus en tout les cas.
J’me rappelle du clip. Y’avait un jeune avec une genre de coupe champignon (comme j’avais), mais plus longue. Pis ses cheveux étaient rasés en dessous. Il avait une genre de chemise à carreaux, des jeans déchirés pis il chillait avec un genre de badass en moto, avec un coat à palette pis un douze coupé. « Taaa! », pensais-je dans ma tête de jeune. Je venais de rencontrer John Connor (Edward Furlong), le personnage du jeune dans Terminator 2. Pis je l’avais rencontré dans You Could be Mine de Guns’n’Roses.
'Cause you could be mine
But you're way out of line
With your bitch slap rappin'
And your cocaine tongue
You get nuthin' done
I said you could be mine
Dans ma tête, ça sonnait pas de même pentoute. Ça faisait plus genre :
Cosse you could be mine
Butyourwéoutalie
Wityourbitlaprackin
Andyourcoquingtong
You get nothing done
You could be mine (je comprenais ce boutte là)
J’avais pris une décision. J’allais pu me faire couper les cheveux. C’était fini. La coupe champignon deviendrait longue. Fuck that la coiffeuse de ma mère. Je disais même à mon chum Perrier que j’avais hâte de boire d’la bière… assez pour me mettre chaud. J’aspirais à devenir bum, comme Bruce Morneau, Steve Boucane, Kevin avec son coat à palette pis Francis Paiement. J'pense que Paiment avait déjà A.C.A.B. de tatoué dans l'cou en 6e année. En tous les cas.
Moi, quand j’ai commencé à changer. Circa 12 ans.
-Maman?!
-…
-Maman!!!
-Quoi?
-On va au magasin de cassettes!
-Faire quoi?
-Ben, acheter une cassette.
-Ok, tu vas l’acheter avec quel argent?
-Ben, ma paye d’la s’maine!
-Ça me surprendrait…
-Heille, ma paye, c’est ma paye!
-T’as pas sorti les poubelles, t’auras pas ta paye cette semaine.
-Maman!
-Ben sors les poubelles.
-Ok, ok…
Je sors les poubelles. Je vois, au loin, Gibodé, le vieux pouilleux qui fouille dans les poubelles du quartier. J’me sauve en courant. Supposé que Gibodé mange les enfants.
-Bon, on y va-tu là, Maman?
-Ok, on y va.
On embarque dans le char de ma mère, une Nissan Sentra bleu poudre carrée avec des stripes oranges pas belles, pis on s’enligne vers le magasin. Ma mère dit au gars que son fils veut une cassette de Guns’n’Roses. Le commis motté va chercher une cassette, la donne à ma mère. Telle une mère, elle y voit une seule chose : PARENTAL ADVISORY EXPLICIT LYRICS.
-Félix, t’es tu sûr que c’est ça la cassette?
-Ben, c’est tu Guns’n’Roses?
-Oui.
-Ben c’est ça que je veux.
À ma grande surprise, elle me la paye (ça veut dire que j’vas pouvoir prendre ma paye de la semaine pour me louer des cassettes de Super Nin!). De retour à la maison, je peux juste pas attendre. Monte dans ma chambre, déballe la cassette pis met ça dans l’radio. Un vieux radio qui date genre de ’85 que ma mère m’a donné. Étrangement, les couleurs pis la forme ressemblent à la Sentra de ma mère. J’écoute toutes mes cassettes dedans : Gerry Boulet, Soldat Louis, Bon Jovi, Brian Adams, Les BB, Vanilla Ica, Mc Hammer pis Henri Dès. Oups. Non, c’est pas vrai. J’écoute pas Henri Dès pour vrai. C’est juste que ma mère me l’a donnée à ma fête, pis bon, j’ai pas beaucoup de cassettes, fac ça en fait plus dans ma collection. En tous les cas.
Première chanson… non, c’est pas celle que j’ai entendu à Musique Plus. Deuxième chanson… non plus. Troisième… quatrième… fast forward… rewind…. Stop.. eject… vire la cassette de bord… ffw, play, ffw, play…
Maudit!
Ma chanson est pas sur la cassette!
C’est quoi la joke?!
-Maman!!!
-Quoi?
-T’as pas acheté la bonne cassette!
-Ben là Félix… tu m’as dit que c’était celle là.
-Oui mais ma toune est pas dessus!
-…
-Faut retourner au magasin de cassettes.
Retourne au Polyson. Va voir le vendeur.
-C’est pas la bonne cassette monsieur.
-Comment ça?
-La toune que mon gars cherche est pas dessus.
-Ah ok, il doit vouloir avoir Use Your Illusions deux.
-Je sais pas?
-Y’est vraiment moins bon que le un.
-…
-Ok, je vous l’échange.
Il sort une cassette avec un dessus… bleu. Le même dessin, mais en bleu au lieu d’en orange. « Ah ben Taaaa!, pensais-je, y’a deux cassettes quasiment pareilles?! ». Ce détail m’avait échappé.
Arrive à maison. Déballe la cassette, met ça dans l’radio. Je reconnais le titre : You Could Be Mine. FFW. Play. That’s it! C’est ma toune! J’me brasse la tête.
J’écoute le reste du bord. Estranged. C’est un peu molo. J’me doutais pas que plusieurs années plus tard, je considérais cette toune comme ma toune préférée de toutes les tounes de GN’R. Leur plus grand chef d’œuvre, même plus que November Rain. C’est pas rien!
Puis, My World.
You wanna talk to me (7 times)
You can't talk to me
You don't understand your sex
You ain't been mindfucked yet
Let's do it (3 times)
-Maman?
-Ça veut dire quoi Let’s do it?
-Heu… ça veut dire… heu… faisons-le.
-Ok… c’est quoi tu penses qu’il veut faire?
-Dur à dire…
Ma mère devait se dire que ça partait mal. Elle aurait dû se fier au parental advisory.
Vire la cassette de bord. Civil War. Je comprends pas trop qu’est-ce que le gars avec la voix bizarre dit au début. Mais j’aime bien la toune. Puis Yesterdays. Wow. Un autre coup de cœur, une ballade nostalgico-classic-rock, qui fait, encore aujourd’hui, crissement bien la job. Puis Knocking on Heaven’s Door. Je savais pas c’était qui Bob Dylan, dans le temps. Mais j’aimais la toune de Guns. Pis Get in the ring! Wow! Pis je remets la cassette de l’autre bord encore. Shotgun Blues. J’me brasse la tête. So fine. Pas pire pentoute. Estranged. Je la connais déjà. J’me ferme les yeux. Je l’aime. You Could Be Mine. C’est juste trop bon. Don’t Cry… ah oui, je l’ai déjà entendue celle là… à Musique Plus, au Combat des clips.
Je réécoute la cassette en boucle. Wow.
Tous les vendredis soirs, vers 8h, mon chum Perrier pis moi, on écoutait le Combat des clips. Lui, il trippait sur Metallica. Pis plus tard, en ’94, quand j’ai choisi Green Day, lui, il a choisit Offsping. On s’entendait pas toujours bien côté musique, mais je pense que secrètement, les deux on a aimé Waterfalls de TLC pis Kiss by a rose de Seal.
C’est pas mal comme ça que j’ai choisis mon camp. À Rouyn, t’étais soit punk soit skin. Pis en plus, fallait que tu choisisses entre Guns ou Metallica. Moi, j’aimais mieux les punks. Pis j’ai choisi Guns. Mais y’a pas de lien à faire entre les deux. En tous les cas, dans le temps, y’avait pas de lien dans ma tête entre Guns et les punks. J’ai capoté sur G’n’F’n’R. J’ai écouté Use Your Illusions deux des milliers de fois. Aujourd’hui, par exemple, je sais que Guns, c’est un résumé du hard rock d’AC/DC, du glam rock des New York Dolls, T. Rex, Slade et compagnie pis beaucoup de l’attitude punk de Johnny Thunders (même si Slash déteste le personnage…) et de ses ballades dépressives de down de coke. Le tout, dans un enrobage pouel, eighties style.
Tsé, dans les clips de Guns’n’Roses, Slash y débarque souvent, un peu out of the blue, en chest ou en chemise ouverte, touffe frisée au vent, avec sa Les Paul pas pluggée, pour se claquer des solos épiques. À quelque part, je pense que ça m’a parlé. J’ai été inspiré. J’ai décidé de commencer à jouer de la guitare à ce moment là. À cause de Slash et de ses solos de champion. J’ai jamais réussi à blower comme lui. Mais je l’ai presque rencontré à Toronto, v’là pas longtemps.
Ma « rencontre » avec Slash, à Toronto, en 2010. C’est moi qui filme. Pis c’est moi qui dit : wow!, à la fin, sur un ton vraiment fuck all. By the way, pour ceux qui, comme moi, le savait pas, ben Slash, y’est black. Facteur cool = +1.
De toutes les affaires que je ne pouvais me figurer à propos de l’avenir, en 1992-1993, ben je ne me doutais surtout pas que la première fois que je me retrouverais au lit avec l’amour de ma vie, une dizaine d’années plus tard, ça serait en écoutant Use Your Illusions deux, en boucle. C’était un hasard. Mais un crisse de beau hasard.
Félix B. Desfossés est collaborateur à Bande à Part, s'occupe du blogue Vente de Garage, réédite des disques sous la bannière des disques Pluton, en plus de jouer avec les groupes Les Prostiputes et Les Revenants.
